L'industrie en France

L'industrie a façonné l'économie et la société françaises pendant deux siècles. Sa place a fortement reculé depuis les années 1970, et elle fait aujourd'hui l'objet d'une politique explicite de reconquête, avec des résultats contrastés.

Deux siècles en quelques repères

La révolution industrielle transforme la France au 10-neuvième siècle, plus tardivement et plus progressivement qu'au Royaume-Uni : textile dans le Nord et en Alsace, métallurgie en Lorraine et dans le Massif central, chimie dans la vallée du Rhône, charbon dans le Nord-Pas-de-Calais et à Saint-Étienne.

La reconstruction d'après-guerre et les 30 Glorieuses portent l'industrie à son apogée : automobile, aéronautique, nucléaire, chimie, sidérurgie. L'emploi industriel culmine au début des années 1970 avec plus de cinq millions de personnes.

Puis vient le reflux : chocs pétroliers, ouverture commerciale, gains de productivité, externalisation de fonctions vers les services, et délocalisations. La part de l'industrie dans la valeur ajoutée a été divisée par deux environ en 40 ans, un recul plus marqué qu'en Allemagne ou en Italie.

Ce qui explique le recul

Les économistes en identifient plusieurs causes qui se cumulent. Une partie du recul est statistique : les activités de nettoyage, de logistique, d'informatique et de restauration collective, autrefois internes aux usines, ont été externalisées et comptent désormais dans les services.

Une partie tient aux gains de productivité : produire davantage avec moins de personnes réduit l'emploi sans réduire la production. Une partie tient à la concurrence internationale, en particulier sur les biens de milieu de gamme, où la France s'est trouvée prise entre des concurrents moins chers et des concurrents plus haut de gamme.

S'y ajoutent des facteurs de coût, fiscalité de production, coût du travail sur certains segments, et un déficit d'investissement dans l'appareil productif sur plusieurs décennies.

Les secteurs où la France reste forte

L'aéronautique et le spatial, avec une chaîne de sous-traitance dense notamment en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine. Le nucléaire et les équipements électriques. La pharmacie et les cosmétiques. L'agroalimentaire, premier secteur industriel en emploi. Le luxe et les métiers d'art, dont les exportations pèsent lourd dans la balance commerciale. La construction navale militaire, la défense et les matériaux.

Ces secteurs ont un point commun : ils reposent sur des compétences difficiles à reproduire ailleurs, et sur des chaînes de valeur intégrées de la recherche à la production.

La réindustrialisation

Les leviers mobilisés sont connus : baisse des impôts de production, aides à l'investissement, simplification des procédures d'implantation, formation professionnelle, et politiques de filière sur des technologies jugées stratégiques, batteries, hydrogène, semi-conducteurs, santé.

Les résultats sont réels et modestes à ce stade : ouverture nette de sites industriels après deux décennies de solde négatif, créations d'emplois industriels, implantations de gigafactories dans le Nord. La part de l'industrie dans le produit intérieur brut, elle, n'a pas encore remonté significativement.

Les contraintes des prochaines années

Trois dominent. La décarbonation : une cinquantaine de sites concentrent une part importante des émissions industrielles françaises, et leur transformation suppose des investissements considérables sur des procédés parfois sans alternative mature. L'énergie : la compétitivité industrielle dépend directement du prix de l'électricité, ce qui fait du cadre énergétique un sujet industriel autant qu'écologique.

Et le recrutement, devenu la première difficulté déclarée par les industriels : soudeurs, usineurs, techniciens de maintenance, conducteurs de ligne. C'est un problème d'image du métier autant que de formation, et il ne se résout pas par la seule subvention.

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